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Le Mondial américain a dévoré son propre sport
La Coupe du monde 2026 s'est refermée dimanche au MetLife Stadium de New York sur le second sacre de l'Espagne, victorieuse de l'Argentine au bout d'une prolongation hachée (1-0). Un mois de compétition sur le sol américain, quarante-huit nations engagées, cent quatre rencontres disputées dans seize stades : le cahier des charges était le plus ambitieux de l'histoire. Pourtant, au-delà du palmarès et des chiffres, ce Mondial laissera le souvenir tenace d'un football relégué au second plan. Gianni Infantino et Donald Trump affichant en tribune une complicité assumée, des modifications de règles annoncées en plein tournoi sans concertation, un format dilué où les meilleurs troisièmes passaient sans trembler, une billetterie à plusieurs milliers de dollars le ticket. Le plus grand événement sportif de la planète s'est mué en machine à générer du revenu, de l'influence et du storytelling calibré pour les marchés nord-américains. Le jeu, lui, servait de prétexte.
Cette dérive, décortiquée avec mordant par le chroniqueur Philippe Ducarroz dans sa rubrique « Puck Off » publiée lundi sur Planète Hockey, ne regarde pas que les amateurs de ballon rond.
Le miroir suisse du hockey mondial
Cette dérive, décortiquée avec mordant par le chroniqueur Philippe Ducarroz dans sa rubrique « Puck Off » publiée lundi sur Planète Hockey, ne regarde pas que les amateurs de ballon rond. Elle interpelle frontalement les autres disciplines, le hockey sur glace en tête. La comparaison avec le Championnat du monde IIHF organisé en mai dernier à Zurich et Fribourg est instructive. La Suisse a livré un tournoi à échelle humaine : seize équipes, des enceintes remplies, une ferveur sans artifice, un vainqueur indiscutable et un finaliste valeureux. Pas de concert de mi-temps, pas de cérémonie d'ouverture à cent millions de dollars, pas de sponsors imposant leur tempo. Des hockeyeurs sur la glace, des supporters dans les gradins, et entre eux cette alchimie que ni l'argent ni la mise en scène ne savent fabriquer. Le sport à l'état brut, celui qui parle à tout le monde.
Le hockey n'est pas à l'abri
Mais le hockey ne doit pas se croire protégé par sa taille modeste. La Ligue nationale pousse méthodiquement ses pions en Europe de l'Ouest, attire les capitaux privés, vend des soirées à Las Vegas comme on vendrait des combats de boxe promotionnels. Les règles évoluent déjà au gré des diffuseurs, le calendrier se densifie, les franchises s'exilent pour suivre l'argent plutôt que les communautés d'origine. L'avertissement de Ducarroz vaut feuille de route : chaque sport qui accepte qu'on lui dicte l'heure, le lieu et la mise en scène finit par perdre la main sur ce qui fait sa valeur, à savoir la sueur, l'incertitude et la fidélité des supporters.
Garder le match au centre du jeu
Le Mondial 2026 refermé, la prochaine fenêtre de tir pour la famille du hockey sera l'organisation conjointe France-Suisse du tournoi 2027 selon la formule IIHF en cours. Plutôt que de singer la pompe américaine, l'occasion existe de réancrer le hockey dans ce qui a fait sa singularité à Zurich et Fribourg : un format court, des salles combles, un hockey offensif et lisible, des supporters debout. La vraie question que pose l'éditorial de Ducarroz n'est pas de savoir si le hockey peut grossir, mais s'il peut grandir sans cesser d'être lui-même.