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Jamie Druley, 51 ans, vendeur de voitures dans l'Indiana, se décrivait comme « obsédé par la NFL ». Jusqu'à ce que les frasques de la « Tartan Army » écossaise à Boston éveillent sa curiosité. « Je me suis dit : je vais regarder cette Coupe du monde et comprendre ce qui pousse ces gens à traverser des milliers de kilomètres en dépensant des milliers de dollars », raconte-t-il à la BBC. Résultat : sa femme lui envoyait des SMS depuis la chambre pour qu'il baisse le volume pendant qu'il hurlait devant sa télévision. Au travail, les matchs tournaient dans le showroom, et la demi-finale Angleterre-Argentine a dégénéré en paris bruyants avec son patron, qui a misé sur le résultat de la finale de dimanche.
Une passion née entre le showroom et le canapé
Le père de trois enfants incarne une vague de fond qui balaie les États-Unis depuis le coup d'envoi de ce Mondial co-organisé par le pays.
Le père de trois enfants incarne une vague de fond qui balaie les États-Unis depuis le coup d'envoi de ce Mondial co-organisé par le pays. Son parcours de converti est jalonné de ces petits basculements qui, mis bout à bout, racontent une révolution culturelle : les SMS nocturnes de sa femme excédée par ses cris, les matchs allumés en permanence dans la concession automobile, et bientôt, peut-être, un abonnement à l'année pour le Fort Wayne FC, le club local qui vient d'inaugurer un stade flambant neuf de 9 200 places.
30 millions de téléspectateurs, un record historique
Druley n'est pas un cas isolé. Fox a rapporté que 30 millions de téléspectateurs américains ont suivi la défaite des États-Unis face à la Belgique, faisant de cette rencontre la diffusion de football en anglais la plus regardée de l'histoire américaine. Sur l'ensemble du tournoi, 5,1 millions d'Américains en moyenne ont suivi les 72 matchs diffusés sur Fox, FS1 et Tubi — un bond spectaculaire de 92 % par rapport au Mondial 2022, selon les chiffres de Nielsen Media Research.
Courtney Silbaugh, 33 ans, mère de famille en Pennsylvanie, incarne cette métamorphose. « J'ai regardé tous les matchs, sauf six », confie-t-elle. Elle qui n'était « pas du tout une spectatrice de sport » se dit désormais « obsédée » par le soccer. « J'ai essayé le football américain, ça n'a pas marché. Je suis allée à des matchs de baseball, mais je n'ai pas une super vue, c'est difficile de suivre la balle. » Le football, lui, a passé le test haut la main.
Hey Jude dans la cuisine et YouTube au réveil
Heather Earhart, 54 ans, banquière et grand-mère elle aussi dans l'Indiana, a succombé avec une intensité qui la surprend elle-même. Son gendre est entraîneur de soccer au lycée, ses petits-enfants jouent, mais elle restait jusque-là « en train de se gratter la tête » dans les tribunes. Le Mondial a tout changé. « Je suis devenue complètement amoureuse de ce truc anglais avec Hey Jude et Wonderwall d'Oasis », raconte-t-elle à la BBC. Elle passe désormais ces chansons en faisant le ménage et se rue sur YouTube chaque matin pour consulter les scores. Mieux : elle a regardé des tutoriels pour apprendre « comment frapper dans un ballon, comment lui donner un effet, et les règles ». Elle envisage de suivre un club de Manchester ou le Real Madrid de Jude Bellingham, et attend avec impatience de retourner dans un bar à soccer d'Indianapolis « en ayant une idée de ce que je regarde ».
Et maintenant ?
Cette contagion survient à un moment stratégique. La MLS poursuit sa croissance, les infrastructures essaiment — le stade de Fort Wayne en est le dernier exemple — et l'audience américaine a prouvé qu'elle pouvait rivaliser avec les grands marchés historiques du football. Reste à savoir si cette flamme survivra à l'extinction des projecteurs du Mondial. Jamie Druley, lui, a déjà tranché : il sera au stade la saison prochaine. Et s'il n'est pas seul, l'effet Mondial 2026 sur le soccer américain pourrait bien être le plus durable de son histoire.