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Deux ans après la prise de contrôle par le fonds californien Oaktree, l'actionnariat de l'Inter Milan reste un casse-tête pour qui veut en dessiner les contours précis. Le fonds détient 99,6 % des parts via une cascade de sociétés luxembourgeoises, mais c'est un mouvement récent qui éclaire le mieux la réalité du pouvoir : Giuseppe Marotta, président depuis mai 2024, est entré au capital à hauteur d'environ 2 %.
Oaktree aux manettes depuis le défaut de Suning
Steven Zhang, alors président, n'a pas remboursé le prêt de 275 millions d'euros contracté trois ans plus tôt auprès d'Oaktree pour maintenir le club à flot pendant la crise du Covid.
Tout a basculé le 21 mai 2024. Steven Zhang, alors président, n'a pas remboursé le prêt de 275 millions d'euros contracté trois ans plus tôt auprès d'Oaktree pour maintenir le club à flot pendant la crise du Covid. Le fonds américain, spécialiste de la dette distressed, a saisi les parts mises en garantie — 68,55 % du capital — et pris les commandes du navire nerazzurro du jour au lendemain.
Depuis, Oaktree a racheté les parts des actionnaires minoritaires, dont celles de la famille Zhang elle-même et du géant chinois Lenovo, pour grimper à 99,6 %. Un quasi-monopole qui laisse peu de place au doute sur qui décide, mais beaucoup sur comment.
Le labyrinthe luxembourgeois
L'organigramme officiel ressemble à un jeu de piste fiscal. Oaktree Capital Management, basé à Los Angeles, contrôle l'Inter via plusieurs véhicules immatriculés au Luxembourg : OCM Luxembourg Inter Holding SARL, OCM Luxembourg InterCo SARL, et d'autres entités aux noms interchangeables. Cette architecture, classique pour les fonds d'investissement américains opérant en Europe, optimise la fiscalité des plus-values futures tout en opacifiant les flux réels.
Le choix du Luxembourg n'a rien d'anecdotique. Le Grand-Duché offre un cadre juridique souple pour les holdings et une fiscalité avantageuse sur les cessions de titres. Oaktree n'a jamais caché son horizon d'investissement : une détention de trois à cinq ans, le temps de redresser les comptes et de valoriser le club avant une revente.
Marotta, du costume de président au portefeuille d'actionnaire
Giuseppe Marotta a d'abord refusé la présidence qu'Oaktree lui proposait en mai 2024. L'homme qui avait bâti la Juventus de Conte et lancé le cycle Inzaghi à l'Inter ne voulait pas endosser un rôle de façade. Il a fini par accepter, non sans poser ses conditions : autonomie sportive totale et feu vert pour prolonger Simone Inzaghi, le technicien qu'il avait lui-même installé sur le banc.
L'entrée de Marotta au capital — environ 2 %, valorisant sa participation autour de 25 millions d'euros — change la donne. Le dirigeant de 68 ans n'est plus un simple salarié de luxe. Il a désormais un intérêt financier direct dans la valorisation du club. Un signal fort envoyé au marché comme aux tifosi : l'homme qui dirige l'Inter au quotidien croit assez en l'avenir du club pour y mettre ses propres deniers.
Un club assaini, une vitrine prête pour la vente
Sous la houlette d'Oaktree, l'Inter a poursuivi sa cure d'austérité : masse salariale réduite, mercato à l'équilibre, billetterie optimisée à San Siro. Les comptes devraient renouer avec l'équilibre cette saison, un exploit pour un club italien. Le stade Giuseppe-Meazza, dont la rénovation est négociée avec la municipalité de Milan, constitue l'autre levier de valorisation.
La question que se posent les tifosi n'est donc pas de savoir qui possède l'Inter aujourd'hui — Oaktree, via le Luxembourg — mais combien de temps le fonds californien conservera ce bijou avant de le revendre avec une plus-value confortable. Des fonds souverains du Golfe et des family offices américains auraient déjà manifesté un intérêt exploratoire. Giuseppe Marotta, lui, sera probablement encore là quand les nouveaux propriétaires débarqueront.


