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Samedi 8 août 2026, Canton, Ohio. Veste dorée sur les épaules, Drew Brees s'est avancé vers le pupitre du Tom Benson Hall of Fame Stadium. Vingt-six minutes de discours, pas une de trop, pour refermer une carrière longue de vingt saisons. L'ancien quarterback des New Orleans Saints est entré au Pro Football Hall of Fame dès sa première année d'éligibilité, au sein d'une promotion cinq étoiles qui réunit Larry Fitzgerald, Luke Kuechly, Adam Vinatieri et Roger Craig.
Mais c'est Brees qui en était le visage le plus attendu. Son lien avec La Nouvelle-Orléans, ville qu'il a rejointe en 2006 au sortir du cyclone Katrina, dépasse le cadre du sport. « Vous m'avez accepté, vous m'avez embrassé, vous avez cru en moi », a-t-il lancé, la voix étranglée par l'émotion. Avant d'ajouter, dans la phrase qui restera : « Vous m'avez confié l'âme de la ville, et je serais mort pour protéger cet appel. »
Son lien avec La Nouvelle-Orléans, ville qu'il a rejointe en 2006 au sortir du cyclone Katrina, dépasse le cadre du sport.
Un pari mutuel devenu légende
Quand Brees signe aux Saints en mars 2006, il sort d'une luxation de l'épaule droite qui aurait pu briser sa carrière. Les Chargers de San Diego viennent de le laisser filer. Nick Saban et les Dolphins de Miami, après l'avoir examiné, ont préféré miser sur Daunte Culpepper. La Nouvelle-Orléans, elle, a parié sur ce quarterback d'1,83 m aux épaules fragiles et au sourire d'éternel optimiste.
Quinze saisons plus tard, le bilan donne le vertige : 80 358 yards à la passe, 571 touchdowns, 13 sélections au Pro Bowl. Un Super Bowl, le seul de l'histoire de la franchise, remporté le 7 février 2010 face aux Colts d'Indianapolis de Peyton Manning (31-17). Brees ce soir-là au Sun Life Stadium de Miami : 32 passes complétées sur 39 tentatives, 288 yards, deux touchdowns. MVP du match, logique et indiscutable.
Le Super Bowl XLIV, sommet d'une renaissance
Ce Super Bowl raconte bien plus qu'un match. Katrina n'a que quatre ans et demi. La reconstruction avance, les plaies restent vives. Sean Payton, l'entraîneur apparu aux côtés de Brees sur la scène de Canton pour le présenter samedi, tente un coup de poker resté dans les annales : un onside kick en ouverture de la deuxième mi-temps, alors que son équipe mène 6-3. Les Saints récupèrent le ballon. Ils inscrivent un touchdown dans la foulée. La suite appartient à l'histoire.
Payton a livré un hommage sobre mais vibrant à son ancien quarterback. Les deux hommes sont indissociables : quinze années de collaboration, une confiance bâtie à coups de saisons à 5 000 yards et de défaites cruelles en playoffs. Brees n'a jamais décroché le titre de MVP de la saison régulière — sa campagne 2011 à 5 476 yards n'a pas suffi face à l'ombre d'Aaron Rodgers — mais l'intronisation au premier tour du scrutin dit tout du respect que lui voue la ligue.
Une cérémonie entre gloires et fragilité
Larry Fitzgerald, légende des Cardinals de l'Arizona et deuxième receveur le plus prolifique de l'histoire, a ouvert les discours par une allocution centrée sur la transmission. Luke Kuechly, linebacker des Panthers parti à la retraite à seulement 28 ans, a remercié le staff médical qui l'a protégé des conséquences des commotions cérébrales à répétition. Adam Vinatieri, botteur aux quatre bagues de champion et auteur du field goal dans la tempête de neige de Foxborough en 2002, a clos les interventions avec une humilité désarmante.
Le moment le plus lourd est venu de Roger Craig. L'ancien coureur des 49ers, pionnier du double gain de 1 000 yards à la course et à la réception sur une même saison, a révélé être atteint de démence vasculaire. Son buste dévoilé, ses fils à ses côtés, il a lancé « ce diagnostic ne me définit pas » sous une ovation debout prolongée. Une séquence qui rappelle le prix payé par les corps dans un sport de collisions frontales.
La promotion 2026 entre au Panthéon avec des trajectoires contrastées mais un héritage commun. Pour Brees, le chemin ne s'arrête pas à Canton. Consultant, investisseur, philanthrope : l'ancien numéro 9 n'a jamais vraiment quitté le giron de la NFL. Sa veste dorée scelle un destin, mais le personnage public qu'il est devenu depuis sa retraite en 2021 a encore des chapitres à écrire.
