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Gaël Monfils a quitté le court central du Stade IGA mercredi soir, battu par l'Américain Learner Tien en trois manches (6-3, 0-6, 6-3). Le score importe peu. À 39 ans, le Français disputait son dernier match à Montréal, tournoi qui l'avait vu débuter sur le circuit nord-américain en 2009, gamin de 22 ans aux jambes de feu et au sourire déjà communicatif. Dix-sept étés plus tard, la foule ne s'y est pas trompée : ovation debout, haie d'honneur, et ce sourire immense d'un joueur qui n'a jamais triché avec ses émotions. Un moment suspendu, de ceux que le tennis professionnel offre trop rarement.
Deux jours plus tard, depuis son compte Instagram, le Parisien a publié un long message. D'abord pour remercier. « Merci Montréal, vous m'avez surpris, je ne m'attendais pas à recevoir autant d'amour », a-t-il écrit, évoquant une « soirée qui restera gravée » dans sa mémoire. Puis le ton a changé, et la légèreté coutumière du bonhomme a cédé la place à quelque chose de plus cru.
Deux jours plus tard, depuis son compte Instagram, le Parisien a publié un long message.
« Je vous entends. On vous entend tous. »
Depuis des mois, Monfils traîne une étiquette devenue pesante : celle du vétéran qui s'accroche, classé au-delà de la 300e place mondiale, incapable de rivaliser avec la nouvelle génération. Dans la seconde partie de son message, le finaliste de Roland-Garros 2024 a décidé de répondre, sans colère mais sans détour.
« Je ne suis plus à mon meilleur niveau. C'est un fait. Mais vous pouvez arrêter de me le répéter à chaque tournoi. » Des mots directs qui disent la lassitude d'un homme de bientôt 40 ans face au bruit constant des réseaux sociaux et de certains commentateurs. « Le message est reçu », a-t-il ajouté, comme pour clore un chapitre que d'autres voudraient écrire à sa place.
Cette mise au point publique, rare chez un joueur connu pour sa légèreté et son humour, révèle la difficulté intime d'une tournée d'adieux lancée en début de saison. Mi-juin, en marge d'un gala à Cluj pour la retraite de Simona Halep, Monfils confiait déjà à Eurosport que cette « last dance » était « plus dure à gérer » qu'il ne l'imaginait. La séquence montréalaise donne raison à ce constat : entre les larmes retenues sur le court et les mots posés sur Instagram, c'est un homme qui mesure, peut-être pour la première fois, le poids réel de sa propre fin.
Une dernière danse qui pèse plus lourd que prévu
Le constat est sans détour. Sur le terrain, le corps ne répond plus comme avant. Les accélérations explosives qui faisaient sa marque laissent place à une lecture plus posée des échanges. Contre Tien, 20 ans, Monfils a alterné fulgurances — un deuxième set remporté 6-0 en 28 minutes, où l'on a soudainement revu le Monfils des grands soirs — et longs passages à vide, incapable d'enchaîner deux matches de haut niveau dans le même tournoi. Ce 6-0 éclatant, presque irréel à cet âge, a rappelé que le talent ne s'évapore jamais totalement ; c'est la capacité à le convoquer sur commande qui s'effrite.
Pourtant, l'accueil montréalais a rappelé pourquoi il continue. Le public canadien ne s'est pas déplacé pour voir un classement mais pour saluer une carrière, un style, une présence qui dépasse le cadre strict du résultat. Monfils a compris, ce soir-là, que sa valeur aux yeux des gens ne se mesure pas en points ATP. Et c'est peut-être cette réalisation qui rend la suite à la fois plus légère et plus douloureuse.
La route se poursuit. Le Français doit encore honorer plusieurs invitations cet été sur le dur américain, avec probablement un dernier US Open fin août. Chaque sortie sera une première et une dernière à la fois. Mais une chose est désormais claire : les critiques sur son niveau, il ne veut plus les entendre. Il les connaît déjà. Et il n'a plus rien à prouver à personne, sauf peut-être à lui-même.